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La nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées permet aux entreprises B2B d’obtenir plus rapidement un titre exécutoire via un commissaire de justice, en complément de l’injonction de payer et des actions judiciaires classiques.
Créances commerciales incontestées : la procédure simplifiée adoptée rebat les cartes du précontentieux

Une nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées

La nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales, instaurée par la proposition de loi n° 441 (2023-2024) portée par le sénateur François Patriat et adoptée par l’Assemblée nationale le 7 mars 2024, bouleverse l’équilibre entre règlement amiable et action judiciaire pour les entreprises. En matière commerciale, ce dispositif crée un mode de recouvrement accéléré des créances professionnelles incontestées sans passage préalable devant le juge. Pour les directions financières, ce changement réduit le délai entre la facture échue, le commandement de payer et l’obtention d’un titre exécutoire réellement exploitable, en s’inscrivant dans la continuité des réformes récentes du contentieux de masse, notamment celles issues du décret n° 2023-686 du 29 juillet 2023 relatif à la procédure d’injonction de payer.

Le périmètre est strict : seules les créances commerciales incontestées entre commerçants ou entreprises immatriculées entrent dans le champ de cette nouvelle procédure de recouvrement judiciaire simplifié. Le texte de loi exclut les consommateurs, les créances mixtes et les situations où une contestation sérieuse sur le droit ou le montant de la créance est déjà formalisée, ce qui limite le risque d’atteinte aux droits de la défense du débiteur. Pour un avocat d’entreprise, la première question devient donc de qualifier la créance, d’identifier la juridiction compétente en matière commerciale et de vérifier l’absence de tout début de procès de contestation, en s’appuyant sur le dossier contractuel, les conditions générales de vente et les échanges préalables, conformément aux exigences rappelées dans l’exposé des motifs de la proposition de loi n° 441 (2023-2024).

Le mécanisme repose sur un commissaire de justice, pivot de ce recouvrement judiciaire simplifié. Sur mandat du créancier, ce professionnel procède à l’envoi d’un commandement de payer au débiteur, par acte signifié, en rappelant la créance, son origine, le montant et le délai d’un mois laissé pour le paiement ou la contestation. En l’absence de réaction du débiteur, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de non-contestation, transmis au greffe du tribunal de commerce pour apposition de la formule exécutoire et transformation en titre exécutoire pleinement opposable, selon un circuit inspiré de la procédure d’injonction de payer réformée par le décret n° 2023-686 du 29 juillet 2023.

Pour les credit managers, cette procédure allégée de recouvrement des créances commerciales s’insère dans un guide opérationnel de gestion du risque client. Elle complète le recouvrement amiable classique et se substitue parfois à l’injonction de payer, réformée par le décret n° 2023-686 du 29 juillet 2023 relatif à la procédure d’injonction de payer, lorsque la créance est clairement commerciale et incontestée. Le choix entre injonction de payer, nouveau dispositif simplifié et action judiciaire classique doit désormais être intégré dans les matrices internes de décision, en fonction du montant de la créance, du profil du débiteur, des retards de paiement déjà constatés sur le compte et de la stratégie globale de recouvrement de créances B2B, telle qu’elle figure dans les politiques internes de gestion du poste clients.

Rôle central des commissaires de justice et articulation avec le contentieux

Dans cette nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales, les commissaires de justice deviennent des acteurs quasi régulateurs du poste client. La Chambre nationale des commissaires de justice et la structure nationale des commissaires de justice travaillent déjà à des modèles d’envoi de commandement standardisés, pour sécuriser la rédaction et limiter les risques de nullité. Pour les entreprises, cela signifie un dialogue plus direct avec ces professionnels, qui interviennent en amont du judiciaire classique, mais avec une perspective claire d’exécution forcée en cas d’échec du paiement volontaire, ce qui renforce la crédibilité du commandement de payer auprès des débiteurs professionnels.

Concrètement, la procédure commence par la vérification de la créance commerciale et la rédaction d’un commandement de payer détaillé par le commissaire de justice. Le document rappelle la loi applicable, le fondement contractuel, les intérêts de retard de paiement, les pénalités et l’éventuelle clause de compétence en matière commerciale, afin de verrouiller la compétence matière et la juridiction compétente. Si le débiteur ne paie pas dans le délai d’un mois, ne sollicite pas de délai de paiement judiciaire et ne forme aucune contestation motivée, le commissaire de justice établit le procès-verbal de non-contestation qui ouvrira la voie au titre exécutoire, véritable sésame pour les mesures d’exécution forcée (saisies, mesures conservatoires, etc.).

Le point de bascule réside dans la contestation, même minimale, formulée par le débiteur dans le délai imparti. Une simple lettre argumentée, un courriel structuré ou une intervention de son avocat suffit à bloquer la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales et à renvoyer le dossier vers un traitement judiciaire classique. Le créancier devra alors choisir entre une injonction de payer, une assignation au fond ou une autre procédure judiciaire de recouvrement de créances, avec un risque accru de procès de contestation sur le fond du droit et un allongement sensible des délais, ce qui impose d’anticiper ce scénario dans les tableaux de bord de suivi du DSO.

Les premières remontées de terrain des cabinets spécialisés en recouvrement de créances commerciales montrent un intérêt marqué pour cette simplification. Selon l’Observatoire des délais de paiement de la Banque de France (rapport 2023, annexe statistique sur les retards interentreprises), les retards de paiement restent une cause majeure de défaillances d’entreprises, et les entreprises B2B y voient un levier pour réduire le DSO et sécuriser la trésorerie. Les praticiens du droit des affaires insistent toutefois sur la nécessité de documenter finement chaque créance, de tracer les relances amiables et de conserver un guide interne de procédure simplifiée de recouvrement, afin de résister à toute contestation ultérieure sur la régularité du processus et de pouvoir produire, en cas de besoin, les pièces justificatives devant la juridiction commerciale. Comme le résume un associé d’un cabinet de recouvrement : « Sans dossier contractuel complet et relances datées, la procédure simplifiée perd une grande partie de son efficacité probatoire ».

Arbitrages stratégiques pour les directions financières et juridiques

Pour un directeur financier, la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales n’est pas un gadget juridique, mais un outil de pilotage du cash. L’arbitrage entre cette nouvelle procédure, l’injonction de payer réformée et l’assignation classique doit intégrer le coût du commissaire de justice, le risque de contestation et la probabilité d’obtenir rapidement un titre exécutoire. En pratique, les créances commerciales incontestées de montants moyens, avec un débiteur identifié mais silencieux, constituent le terrain idéal pour cette procédure simplifiée de recouvrement, notamment lorsque les délais de paiement contractuels sont déjà largement dépassés. À titre d’exemple, une PME industrielle détenant une facture de 25 000 euros impayée depuis plus de 90 jours pourra, après relances amiables infructueuses, mandater un commissaire de justice pour signifier un commandement de payer et, en l’absence de réponse dans le mois, obtenir un titre exécutoire sans audience.

Les directions juridiques doivent adapter leurs modèles de contrats pour faciliter le recours à cette procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales. Clauses de compétence, rappel des intérêts de retard de paiement, pénalités et mentions sur la possibilité de recouvrement judiciaire simplifié renforcent la sécurité juridique du créancier en cas de défaut. Un guide interne, partagé entre juristes, credit managers et avocats externes, doit préciser les critères d’éligibilité des créances, les délais de relance, les modalités d’envoi du commandement de payer et la gestion des réponses du débiteur, qu’il s’agisse de paiement, de demande de délai ou de contestation, avec des modèles de courriers et de check-lists pour homogénéiser les pratiques.

Le principal piège réside dans la tentation d’utiliser la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales pour des dossiers en réalité litigieux. Dès qu’un risque sérieux de contestation sur la créance apparaît, le recours à cette procédure doit être écarté au profit d’un traitement judiciaire classique, mieux adapté au débat contradictoire. Pour les entreprises, la vraie frontière n’est plus entre amiable et judiciaire, mais entre créances réellement incontestées, éligibles à une procédure simplifiée de recouvrement, et créances discutées, qui relèvent d’un procès de contestation assumé, car au final, ce qui compte n’est pas le DSO, mais le cash encaissé et la préservation de la relation commerciale.

Données clés sur la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales

  • Près d’un quart des défaillances d’entreprises sont directement liées aux retards de paiement sur les créances commerciales B2B, selon le rapport 2023 de l’Observatoire des entreprises de la Banque de France, qui détaille l’impact des délais de règlement sur la solvabilité des PME et renvoie aux séries longues publiées dans ses annexes statistiques.
  • Les impayés B2B représentent environ 15 milliards d’euros de trésorerie perdue pour les PME, dont 4 milliards pour les microentreprises, d’après une étude Altares 2022 sur les retards de paiement interentreprises, fréquemment citée par les acteurs du recouvrement et reprise dans plusieurs notes de conjoncture sectorielles.
  • Le délai d’un mois laissé au débiteur après l’envoi du commandement de payer constitue le cœur du calendrier de la nouvelle procédure simplifiée, ce qui impose aux directions financières de caler leurs relances internes sur cette échéance et d’articuler précisément recouvrement amiable et phase judiciaire.
  • Le recours au commissaire de justice pour l’envoi du commandement et l’établissement du procès-verbal de non-contestation conditionne l’obtention du titre exécutoire, conformément à la proposition de loi n° 441 (2023-2024) et aux textes d’application à venir, qui viendront préciser les modalités pratiques dans le code des procédures civiles d’exécution.

Questions fréquentes sur la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales

Quelles créances sont éligibles à la procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales ?

Seules les créances commerciales incontestées entre professionnels, c’est-à-dire entre commerçants ou entreprises immatriculées, peuvent bénéficier de cette procédure simplifiée. La créance doit être certaine, liquide et exigible, sans contestation sérieuse déjà exprimée par le débiteur sur le principe ou le montant. Les créances envers des consommateurs ou portant sur des matières non commerciales restent exclues et relèvent des procédures judiciaires classiques, comme l’assignation devant le tribunal judiciaire ou l’injonction de payer de droit commun.

Quel est le rôle du commissaire de justice dans cette nouvelle procédure ?

Le commissaire de justice est chargé de vérifier le dossier, de signifier au débiteur un commandement de payer détaillé et de recueillir l’absence de contestation dans le délai d’un mois. En cas de silence du débiteur, il dresse un procès-verbal de non-contestation transmis au greffe du tribunal de commerce pour apposition de la formule exécutoire. Son intervention conditionne donc la validité de la procédure et la transformation de la créance en titre exécutoire, qui permettra ensuite de mettre en œuvre les voies d’exécution forcée prévues par le code des procédures civiles d’exécution.

Comment le débiteur peut il s’opposer à la procédure simplifiée de recouvrement ?

Le débiteur dispose d’un délai d’un mois à compter de la signification du commandement de payer pour réagir. Il peut régler la créance, solliciter des délais de paiement ou formuler une contestation motivée sur le principe ou le montant réclamé. Toute contestation sérieuse bloque la procédure simplifiée et renvoie le litige vers une voie judiciaire classique, avec débat contradictoire devant la juridiction compétente, ce qui redonne toute sa place à l’argumentation juridique et à la preuve.

Quand privilégier la procédure simplifiée plutôt que l’injonction de payer ?

La procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales est particulièrement adaptée aux créances B2B clairement commerciales, bien documentées et non contestées, lorsque le créancier souhaite un traitement rapide et structuré. L’injonction de payer reste pertinente pour des situations plus hétérogènes, des montants plus faibles ou des dossiers où la nature commerciale de la créance est moins évidente. Le choix dépend du profil du débiteur, du risque de contestation et de la stratégie globale de recouvrement de l’entreprise, qui peut combiner ces outils dans un tableau comparatif interne intégrant coûts, délais et taux de succès.

Quel impact attendre sur les coûts et les délais de recouvrement pour les entreprises ?

En concentrant le traitement sur les créances commerciales incontestées et en évitant un passage systématique devant le juge, la procédure simplifiée permet de réduire les délais d’obtention d’un titre exécutoire. Les coûts restent maîtrisés, car la phase est essentiellement pilotée par le commissaire de justice, avec un nombre limité d’actes judiciaires. Pour les entreprises, l’enjeu est d’intégrer ce mécanisme dans leur stratégie de recouvrement pour améliorer le cash encaissé sans alourdir le contentieux, en s’appuyant sur les enseignements du décret n° 2023-686 et des rapports de la Banque de France et d’Altares sur les retards de paiement.

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